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A Noron, pompiers et chercheurs allient leurs compétences pour améliorer la sécurité incendie. Rencontre, dans un laboratoire pilote, avec Thomas Rogaume, enseignant-chercheur à l’Iriaf et le colonel Chauvin, officier du Service départemental d’incendie et de secours.
Thomas Rogaume. Les études réalisées concernent l’amélioration de la sécurité incendie, notamment dans les domaines de l’habitat et du transport. Nous participons à des projets nationaux et européens dans ce domaine. La plateforme technologique de Niort est la seule en France avec autant de matériel et un couplage numérique. Elle est équipée de quatre bancs. On y étudie la propagation de la flamme, le délai et la température d’inflammation… mais aussi la capacité des matériaux à produire des gaz ou à conduire la chaleur. À chaque sortie de banc, un dispositif analyse les gaz issus de la combustion. La plateforme est aussi équipée d’un simulateur numérique. On va modéliser les scénarios de propagation du feu. Il faut savoir que chaque feu est un cas particulier, de par les combustibles mis en œuvre, les sources d’inflammation, l’aménagement des locaux et les conditions atmosphériques. C’est très difficile pour les chercheurs de déterminer des lois ; cela suppose une démarche transdisciplinaire et ce serait une hérésie de ne pas travailler avec les opérationnels.
Thomas Rogaume. Le laboratoire date de 2007. Mais la collaboration entre l’Iriaf et le Sdis existe depuis une dizaine d’années. En décembre dernier a démarré une étude sur le risque incendie dans l’habitat, financée par Calyxis et la fondation Maif. Je pilote la sécurité incendie et à ce titre, je suis en lien avec le Sdis, partenaire de cette étude qui va durer 18 mois.
Colonel Chauvin. Au départ, on a profité de la formation Iriaf pour parfaire la formation des officiers. Une dizaine d’entre eux ont ainsi obtenu un master de gestion des risques. Puis des sapeurs pompiers sont devenus intervenants pour l’Iriaf. Je suis cette collaboration depuis 2008 avec le directeur du Sdis, au départ le colonel Trépos, et maintenant le colonel Marand.
Colonel Chauvin. Ça fonctionne très bien. Nous recherchons le même but : la sécurité. Le labo valide des hypothèses pour les pompiers. Par exemple, on sait qu’on a 800 morts par an en France dans les incendies, et que 80 % décèdent par les fumées. Aujourd’hui, les matelas et canapés sont traités anti-feu : on a moins de flamme mais plus de toxicité. On cherche à déterminer les températures et la composition des fumées. Autre exemple, dans l’étude qui démarre avec Calyxis, un aspect concerne l’inflammation des gaz chauds. C’est le danger des maisons trop bien isolées : le feu est confiné, avec peu d’oxygène et les gaz restent à très haute température. À l’arrivée des secours, l’apport d’air froid produit une inflammation généralisée, très dangereuse pour les pompiers. Nous cherchons comment mieux gérer l’intervention.
Thomas Rogaume. Nous apportons l’expertise scientifique. Je ne suis jamais présent sur un sinistre. On a besoin des connaissances des pompiers pour piloter les recherches sur la sécurité. Nous menons des projets en commun sur les validations d’hypothèse. Prenons un canapé en mousse de polyuréthane et un radiateur. Est-ce que le flux de chaleur du radiateur est suffisant pour causer l’inflammation du canapé ? On fait une expertise de cause de départ de feu. On va pouvoir dire : oui, le feu s’est propagé dans ce sens et la température est montée à tant.
Colonel Chauvin. La prochaine étape, c’est la recherche des causes et des circonstances d’incendie. Une douzaine d’officiers sont formés. À la demande du procureur, nous réalisons déjà une quinzaine d’investigations par an. On voit aussi quels sont les produits dangereux. L’objectif à long terme est de faire évoluer la réglementation. Et de développer la prévention. Sur le département, on compte 5 à 8 morts par an dans les incendies. Mais il faut voir aussi tous ceux qui ont subi des séquelles : après un incendie, on est un sans abri, sans papier, sans histoire. Les sapeurs pompiers font 10% de prévention et 90% de curatif. L’objectif est d’inverser la tendance. Au Sdis 79, on est dans cette démarche, avec l’Iriaf et Calyxis.
Propos recueillis par Véronique Duval
le 12 janvier 2010
Iriaf : Institut des risques industriels, assurantiels et financiers
Sdis : Service départemental d’incendie et de secours.