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Depuis février dernier, un duo de clowns relationnels intervient dans quatre services, dans le sillage du Très grand conseil mondial des clowns. Reportage en gériatrie.
Jour J à l'unité de soins longue durée du service gériatrie. Ce 21 février, cette unité reçoit la première des douze interventions de clowns relationnels prévues au centre hospitalier cette année, à l'initiative de sa commission culture. Sa représentante, Monique Page, indique : “Au départ, ça n'allait pas de soi, cette idée du clown qui intervient à l'hôpital. Ça a été inventé dans la dynamique du Très grand conseil mondial des clowns.” Clown relationnel ? Bien différent du clown spectacle, ce clown là est thérapeutique et nous vient de Belgique. Le duo de clowns qui intervient à l'hôpital, Hélène Gaborieau et Aurore Vandenborre, s'est formé à cette approche particulière des patients. Hélène, alias mademoiselle Luciole, explique : “Avec empathie, ce clown s'adresse à l'autre là où il est. Une relation de confiance s'établit. Notre passage laisse une trace, y compris chez des personnes dont la mémoire est déficiente.”
Ce matin, les deux clowns ont préparé leur venue avec l'équipe soignante. En ce début d'aprèsmidi, les voici qui entrent en douceur dans le couloir menant à une grande salle, le “lieu de vie” pour les dix-huit patients de l'unité. Nez rouge, petits chapeaux et couleurs vives, les costumes des deux clowns se remarquent dans cet univers fonctionnel. D'emblée, deux femmes viennent vers elles. Les voici face à face. Échanges de regards, de mimiques ; quelques gestes s'esquissent. Des visages fermés ou absents s'ouvrent et s'éclairent… Le duo entre dans la salle.
Avec les patients, l'équipe soignante est là. Une dame en fauteuil roulant sourit largement, tandis que le duo entame pour elle une danse. À partir de cet instant, quelque chose se propage dans la pièce ; l'attention des soignants se teinte d'émotion... Ces émotions que peuvent exprimer les patients, parce que les clowns sont là pour les accueillir et les accompagner. Tout au long de leur intervention, en duo ou en solo, elles portent la même écoute aux expressions, regards et gestes de ces personnes âgées, dont beaucoup souffrent de difficultés de communication avec l'entourage.
Les soignants découvrent sous un jour inhabituel des patients pas toujours faciles. Elisabeth Mahu, psychologue et membre de la commission culture, murmure : “Sur l'équipe soignante aussi, ça a des effets étonnants. Le clown happe notre âme d'enfant ; et là, on est tous au même niveau.” Christian Gautronneau, l'un des deux animateurs qui sont aussi musiciens, se dit “bluffé”: “C'est un métier, ils savent capter tout ! Ça donne un autre sens à la prise en charge. C'est très émouvant.” Monique Page souligne : “Notre mission, à la commission, est d'amener la culture au plus près du patient, et c'est ce qui se passe avec les clowns relationnels.” Les clowns ont ouvert des portes chez les patients. Ils reviendront dans cette unité, pour écrire avec eux la suite d'une histoire fragile comme la vie.
Véronique Duval
(février 2011)